Au Festival of Quilts du mois d’août, l’équipe Crea a été ravie de rencontrer l’artiste Ruth Singer, qui exposait son projet artistique et patrimonial extrêmement original, « Criminal Quilts » : des textiles inspirés des histoires de femmes détenues dans la prison de Staffordshire au Royaume-Uni entre 1877 et 1917.

« Criminal Quilts » a commencé par une commande de la galerie Shire Hall (maintenant fermée) à la fin de l’année 2012. Ruth a choisi de travailler avec des photographies de criminelles exposées dans le bâtiment où se trouvait la salle d’audience. Sa première série de six courtepointes miniatures sur ce thème a été achetée pour la collection du Staffordshire Museum. Depuis lors, son œuvre inclut Criminal Quilts: Hanging(2015) (« Pendaison »), lauréat de la catégorie « Fine Art Quilts » au Festival of Quilts de 2016, ainsi que de nombreuses œuvres plus ou moins grandes présentées dans son exposition en solo intitulée « Narrative Threads ».

Résidence artistique

Ruth a ensuite approfondi ses recherches sur ce projet dans la résidence artistique du Staffordshire Records Office à partir de 2017, où elle a pu examiner les archives de plus de 500 femmes emprisonnées. Les femmes ont toutes été photographiées peu de temps avant leur libération, généralement les mains sur la poitrine (pour révéler tout doigt manquant). Ces portraits et l’image des mains sont un élément majeur des œuvres d’art de Ruth. Les photographies fournissent également un aperçu fascinant de la vie des femmes de la classe ouvrière de cette époque, certaines ayant été emprisonnées pour des infractions telles que l’ivresse ou le vol.

Ruth était également fascinée par les vêtements de femmes et de prison de l’époque. De nombreuses femmes portent des châles en laine tissée, notamment sur les images du xixe siècle, bien qu’il soit difficile de savoir s’il s’agit de leurs propres vêtements ou de ceux de la prison. Les dernières photographies semblent montrer des vêtements classiques de prison comprenant un tablier vichy, un corsage fermé jusqu’en haut sans col et un foulard à carreaux. Sur d’autres images, les femmes portent une veste ou un manteau sombre (peut-être l’uniforme de prison) et une ou deux images montrent les flèches typiques du condamné sur le vêtement.

En créant ses œuvres d’art, Ruth utilise des couleurs, des textures et des motifs que les femmes auraient donc connus et portés. Elle sérigraphie ou numérise leurs portraits sur du tissu transparent et de l’organza de soie teinté naturellement en les associant à des morceaux de vieux tissus, à des noms et des détails brodés à la main, à un sertissage hexagonal anglais et à une application inversée. De cette manière, elle fait revivre les histoires de ces femmes oubliées dont on a sûrement peu tenu compte durant leur vie, et appelle notre sympathie et notre curiosité à propos de la vie qu’elles ont menée.

« Criminal Quilts » est en tournée jusqu’au début de 2020.

https://ruthsinger.com/criminalquilts/criminal-quilts-exhibitions/

Vous pouvez voir la méthode de travail de Ruth sur cette série sur le lien : https://vimeo.com/281609160

L’histoire de Ruth

Passionnée par l’histoire et la culture du textile depuis toute jeune, Ruth a travaillé dans les musées pendant plusieurs années après une maîtrise en muséologie. Elle travaille depuis treize ans comme artiste en art textile et combine maintenant sa pratique créative avec le développement de projets. Elle se spécialise dans la création de projets artistiques en collaboration avec des partenaires, notamment des organismes patrimoniaux et communautaires, des universités et des galeries. Elle travaille actuellement avec des étudiants et des universitaires du département Mode et Textile de l’Université de Wolverhampton afin de créer de nouveaux travaux collaboratifs, ainsi que des œuvres photographiques et des impressions numériques à grande échelle.

Ruth a beaucoup exposé au Royaume-Uni et, à l’été 2019, une nouvelle exposition personnelle est prévue au Llantarnam Grange Arts Centre, dans le sud du Pays de Galles. http://www.lgac.org.uk